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Nappy au Congo Kinshasa : prise de conscience ou effet de mode ?

Nappy au Congo Kinshasa : prise de conscience ou effet de mode ?

Depuis le début des années 2000, le sujet défraie la chronique à travers le monde : les nappies (contraction de l’anglicisme « natural and happy ») ont pris leur indépendance, refusant de se défriser les cheveux, pour adopter leur texture naturelle. Elles arborent fièrement l’afro ou des coiffures à la créativité époustouflante. Un peu considéré comme la revanche des femmes noires sur les diktats de la beauté à l’occidentale, le retour aux cheveux naturels, on en entend parler partout.

Le mouvement a envahi l’Afrique, et le Congo-Kinshasa n’est pas en reste. Si dans l’Est du pays, l’influence des pays d’Afrique de l’Est a très vite amené les femmes à garder leurs cheveux naturels depuis le début des années 2000, dans la capitale Kinshasa c’est autour de 2010 que cette vague a atteint les femmes et les filles. Avant cela, garder ses cheveux naturels équivalait à appartenir à la secte des branhamistes, dans laquelle les femmes gardent leurs cheveux naturels, plus par contrainte que par choix.

Entre effet de mode et ras-le-bol…

Bien sûr pour certaines, c’est juste un effet de mode : il y a même des salons de coiffure qui promettent des « coiffures nappy » à celles qui le souhaitent, et pour ça il ne faut pas forcément retourner au naturel, il suffit d’une perruque ou de rajouts. Pour d’autres, pour qui être nappy c’est l’expression d’un ras-le-bol, cette mode est mal vue. « Elle finira par disparaitre d’ici quelques années », nous dit Marie, une nappy de Kinshasa. Pour celles qui ont décidé d’arrêter le défrisage par choix, la souffrance causée par la soude des défrisants est un souvenir encore vivace. Elles disent avoir tourné définitivement la page. D’autres encore trouvent dans le retour au naturel un moyen de s’affirmer en acceptant la texture naturelle de leurs cheveux.

Charlotte, nappy depuis deux ans, et fière de son retour au naturel (Photo Ines Kabamba “Kameleone”)

Et vous savez, les nappies, j’en connais des centaines dans mon entourage. Evidemment, j’en ai observé et interrogé certaines. Meeta, naturelle depuis bientôt 3 ans, nous raconte « Je ne supportais plus le défrisage. En fait, quand j’y pense…je ne l’ai jamais supporté». Peggy, qui est retournée au naturel depuis un peu plus de 2 ans, raconte « Je suis tombée sur ces nappies sur YouTube avec leurs cheveux naturels, beaux, forts. Je me suis dit qu’il fallait que j’expérimente mes cheveux naturels aussi et au pire si ça ne marchait pas, que je défriserais encore. Mais le résultat est top! … Avec le temps je me suis forgée une autre personnalité un peu plus panafricaine».

Pour Laura, naturelle depuis 3 ans, c’est lié à une acceptation de soi au naturel, sans produits chimiques.

Fuir les stéréotypes

Il y a aussi l’émouvante histoire de Sivi, mère de deux filles, qui a renoncé au défrisage « pour donner l’exemple ». Chez elle, le déclic a eu lieu le jour où sa fille de 6 ans a demandé que ses cheveux soient lissés parce que sa grand-mère lui répétait que de beaux cheveux devaient être lisses. Elle a donc décidé que pour elle désormais, ce serait les cheveux naturels, pour pousser ses filles à accepter leur texture naturelle.

Charlotte est nappy depuis deux ans. Elle a créé sa page Facebook Nappycare . Avec sa magnifique crinière, elle en inspire plus d’une grâce à ses conseils et aux produits qu’elle recommande. Elle a d’ailleurs réussi à convaincre sa mère et ses sœurs de retourner au naturel.

Les salons pour nappies naissent aussi timidement depuis quelques mois, offrant leurs services à celles qui sont trop flemmardes pour se coiffer seules. On tâte surement encore le terrain, histoire de voir si cela va durer.

Pourtant, les nappies le clament haut et fort « le défrisage et les produits chimiques, c’est du passé ».

Elles se soutiennent donc, organisent des rencontres pour échanger des expériences, des astuces, et même si le reste des gens les regardent un peu étrangement, elles s’assument, et ont fait des produits de la nature leurs meilleurs alliés.

Rencontre de nappies à Kinshasa

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